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Guet des veilleurs ou les truands - 1480

mardi 6 novembre 2012, par Léon la Lune

Cette chanson, cueillie dans le Nouveau Dictionnaire complet du jargon de l’argot ou le langage des voleurs dévoilés (Halbert d’Angers), 1848, rare petite plaquette, « a été faite par un écrivain distingué, qui a eu le malheur d’être trop longtemps privé de sa liberté, pour avoir cru à celle de la presse ». Elle est imitée du chapitre de Notre-Dame-de-Paris, par Victor Hugo.

Air de Tempête, de Lolsa Puget

I

D’Orsiny débride sa taverne,
Rappliquez, ribaux, truands et goualeurs,
Le soudard qui r’mouche à la poterne
Pourrait allumer les chourineurs.
Au loin le couvre-feu sonne,
Narquois, renquillons sans bruit ;
Icigo, l’on piqu’te et chansonne
Et l’on peut y sorguer la nuit.

Refrain

Saisissons, mes frères,
Nos bouteilles et nos verres ;
Doublons nos glouglous,
Saisissons, mes frères,
Nos bouteilles et nos verres ;
Truands et chourineurs,
Narguons, gais trouvères,
Au cliquetis des verres,
Le guet des veilleurs.

II

Gais goss’lins de la cour des miracles,
Que Pantin bagoule bohémiens ;
Ci-go l’on maquille les oracles,
Pour les béotismes parisiens.
Nous rions de la sanglade,
Pigeant les bons archers du roi,
La nuit nous faisons bambochade,
Le jour le truc a son emploi.

III

Balafos et tambourins d’Egypte
Détonnez vos rigolos accords ;
L’ogive ni l’orgueilleuse crypte
De ces lieux ne forment les accords,
Buvons, fêtons, hubins et piètres,
Notre frangine Esmeralda,
Demain nous verrons des fenêtres
Tomber la buona-mancia.

IV

De Frolo fait pigé l’escarcelle,
Ce chanoine qui fait le rupin,
Remouquez, du flan ! comme elle est belle,
Avec ça l’on singe le malin.
Versez, de par tous les diables,
Capons, éclopés, sans taudis.
Soyons injusticiables
Pour quelques livres parisis.

V

Coquillards et courtauds de boutanche,
Rifodés, marcaudiers et cagoux,
Le grand Coesre a dit : « Trêve à la manche »
Sabouleux, calots et francs-mitoux,
Nommons pape de la fête
Quasimodo le sonneur ;
De fleurs couronnons sa tête,
Noël au peuple malingreur.

I. — D’Orsiny ouvre sa taverne — Accourez, voleurs, souteneurs, chanteurs — Le soldat qui regarde à la poterne — Pourrait apercevoir les assassins... — . . . — Soldats, voleurs, entrons sans bruit — Ici l’on boit et l’on chansonne — Et l’on peut y dormir la nuit.

II. — Gais enfants de la Cour des Miracles — Que Paris nomme Bohémiens — Ici l’on fait des oracles — Pour les Parisiens ignorants — Nous rions des coups de verges — . . . — . . . — . . .

III. — Balafos et tambourins d’Egypte (anciens instruments) — . . . — . . . — . . . — Buvons, fêtons, gueux (hubin, chien ; classe de gueux qui se disaient mordus par un chien ou loup enragé et prétendaient avoit fait le pèlerinage à Saint-Hubert) et faux estropiés (piètres, classe de gueux qui marchaient avec des béquilles). — . . . — . . . — Tomber l’aumône.

IV. — . . . — Ce chanoine qui fait le riche — Regardez, ce n’est pas vrai, comme elle est belle — . . . — . . . — Filous, éclopés, sans logis. — . . . — . ..

V. — Tricheurs et voleurs de boutiques (en français, courtaud de boutique désignait le gros commis ou marchand) — Ruinés par le feu, prétendus marchands, lieutenants de gueux — Le roi des gueux a dit : « Trêve à l’aumône ! » — Faux épileptiques, faux teigneux, gueux contrefaisant les malades — . . . — . . . — . . . — Noël au peuple de faux malades.

Jean Graven - L’argot et le tatouage des criminels - 1962

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