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La calotte rouge de Privat d’Anglemont

mercredi 16 mai 2012, par Léon la Lune

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Jean Journet, d’après un portrait de Nadar et une composition de Courbet

Privat d’Anglemont, ce fouilleur intrépide des petits recoins de la vie parisienne, fit subir une mystification fort innocente à l’apôtre Jean Journet.

Privat avait la plus grande envie d’être complètement initié aux doctrines de l’apôtre. Malheureusement celui-ci vivait fort retiré et ne s’ouvrait pas volontiers au premier venu. La tenue pittoresque de Privat ne lui garantissait même pas ce petit accueil qu’on fait dès l’abord à tout homme bien vêtu.

Mais il n’était pas homme à s’embarrasser pour si peu, et la calotte rouge qui était son unique couvre-chef lui parut même un excellent moyen d’introduction.

Il se contente de boutonner sa redingote jusqu’au menton, assujettit bien cette calotte précieuse sur son chef, et se présente chez l’apôtre comme envoyé du pacha d’Egypte, alors en grande odeur de civilisation. Son maître a, dit-il, entendu parler de l’apôtre et désire avoir quelques notions sur ses principes.

La méfiance de l’apôtre n’était pas préparée contre cette feinte imprévue. Il ne laisse donc partir le faux Égyptien qu’après l’avoir complètement édifié.

Le lendemain, l’apôtre était sorti tout rêveur pour acheter son modeste repas. Tout à coup il se heurte chez le marchand de pommes de terre frites contre son Égyptien de la veille. La calotte rouge était encore sur sa tète, mais le cornet de papier qu’il serrait à la main et dans lequel il paraissait puiser avec grand appétit, donnait à ses prétentions diplomatiques un éclatant démenti.

Nous ne savons ce qui s’ensuivit, mais il est difficile de croire que Privat ait pu, cette fois encore, s’arroger aux yeux de l’apôtre désabusé une mission particulière à propos de tubercules.

Revue anecdotique

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