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Les auvergnats à Paris, par Jacques Yonnet

samedi 14 avril 2012, par Léon la Lune

« ... La communauté auvergnate, à quoi nous trouvons convenable d’ajouter les gens de la Creuse, du Limousin, de l’Allier, fixée dans la région parisienne, dépasse six cent mille âmes. « Ils sont partout », récriminent les mal intentionnés. Etonnez-vous donc !...

Il nous semble intéressant de jeter un regard rapide sur les « ancêtres » de cette multitude. Et amusant de révéler que la première « raison sociale » attribuée à un commerce eut un Auvergnat pour bénéficiaire.

C’était aux temps mérovingiens... Un homme de belle prestance, nommé Couziac et surnommé (ou prénommé ?...) Isidore, à cause de son origine : né à Iciodorum, lisons Issoire, exerçait sous nos murs la profession d’archer municipal et habitait, avec son épouse, l’île de la Cité. Quand Pépin le Bref, couronné roi de France en la cathédrale de Soissons par Boniface, archevêque de Mayence, émit le désir de visiter ses Etats, les édiles parisiens, soucieux de faire bonne figure à leur souverain (fils de Charles Martel et père de Charlemagne, ne l’oublions pas) eurent la judicieuse idée de lui constituer une garde personnelle. Le commandement de ce corps improvisé échut à Isidore Couziac.

Quand, le 15 avril 752, le roi et sa suite, accueillis dans l’ « île heureuse », se firent présenter les plus éminents de leurs sujets locaux, chacune des notabilités tint à offrir à Pépin et à la reine Berthe, comme cadeau de bienvenue et en signe d’allégeance, qui un bijou, qui une aiguière, un coffret ouvragé, une arme incrustée de pierreries... Le chef des gardes, avisé comme tout bon Auvergnat, ne voulait pas être en reste. Mais ses moyens ne pouvaient être comparés à ceux des autres donateurs. Son imagination féconde subvint à la pénurie de chevance.

Solennellement, devant sa petite troupe déployée, Isidore Couziac remit au souverain une bête vivante : un lapin blanc d’une taille extraordinaire, docilement accroupi sur un coussin bleu que l’habile dame Couziac avait artistement enrichi de broderies. La reine, charmée, accepta le coussin. Quant au roi, la tradition tenace veut qu’il ait prononcé (nous voudrions bien savoir en quelle langue) ces paroles : « Je ne saurais repousser un tel présent, mais je ne m’en chargerai pas. Il serait absurde de sacrifier un si bel animal, et odieux de perturber ses habitudes. Il est à moi : je vous le confie en garde. De plus, pour reconnaître vos intention, je vous permets de créer ici même, aux environs de ma chancellerie, tel établissement qui vous conviendra. »

Ainsi fut fait : jouxte son poste de garde, notre archer ouvrit... un cabaret, à l’enseigne du Lapin Blanc !

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Le "tapis-franc" du Lapin blanc dans Les Mystères de Paris

... Cette histoire devrait se suffire à elle-même... Que nenni ! Les dieux d’Arverne, patients et malicieux, tapis dans leurs grottes, attendant « leur heure », ont veillé à ce qu’elle connût des prolongements parfaitement imprévisibles...

Onze cents ans plus tard, un brave homme nommé Mauras, né à Bordeaux, mais originaire d’Aurillac, prit prétexte de l’immense succès des Mystères de Paris, d’Eugène Sue, pour fonder en ces mêmes lieu et place, rue aux Fèves, un Cabaret du Lapin Blanc qui connut une vogue fracassante... jusqu’à l’intervention du baron Haussmann, qui rasa tout le quartier en 1860.

En 1292, alors que les « sculptiers » œuvraient encore à l’ornementation extérieure de Notre-Dame, le tavernier Adam des Mailletz, de Clermont, fondateur des Trois-Mailletz, rue Galande, et titulaire, lui, de la première « licence », payait pour la dîme 18 sols et 6 deniers, si nous nous en rapportons au « Livre de la Taille de Paris » en cette même année.

Nous ne saurions passer sous silence le nom de Grégoire de Tours, lui aussi un Clermontois, lequel, en 587, montra un rare courage au synode de Paris, où quarante-cinq évêques terrorisés par Chilpéric et Frédégonde, devaient juger et condamner un des plus vertueux prélats de la Gaule ... »

Jacques Yonnet

Sur ce "personnage", un magnifique site, que dis-je une mine d’or, un puits magique, une source prodigieuse, qui se lit comme on boit un ballon de rouge au comptoir du bistrot du coin, aussi gouleyant et rond en bouche que "La rue des Maléfices"...

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Vue sur les Trois Maillets, par Henry Martin Gasser (1955)

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