La Cité au temps de François Villon

Publié le : 29 décembre 20203 mins de lecture

Dans le dédale des rues qui mènent de Notre-Dame au Palais, il faut signaler la rue de la Juiverie, car là se trouve la célèbre taverne de la Pomme de Pin. C’était alors la première taverne de Paris ; et Robin Turgis, également messager à pied du Trésor, la tenait. Robin avait donc des rapports avec les mêmes personnes que François, et sans doute il fut son ami, car l’écolier parisien pouvait boire à crédit à la Pomme de Pin.

La taverne avait une entrée presque en face de l’église de la Madeleine, une sortie par derrière sur l’étroite rue aux Fèves où se trouvait le jeu de paume du Trou Perrette, une façon de mauvais lieu tout à fait convenable à léguer à un jeune religieux.

Une autre des connaissances de Villon dans la Cité était un paroissien de Saint-Germain-le-Vieux, église qui avait son entrée sur le Marché-Neuf et dans la rue de l’Herberie, où demeuraient les herboristes : c’était Colin Galerne, barbier et marguillier de l’église, que François Villon nommera « son barbier ».

 

Il habitait la maison voisine de celle de l’herboriste Angelot Baugis ; mais il reste bien douteux qu’il coupât les cheveux de Villon et lui rasât le visage. Galerne devait surtout exercer la petite chirurgie. C’était un homme fort connu à Paris : bientôt on le trouvera lieutenant du maître barbier du roi ; il marchandait au sujet du prix d’un Galien que le scribe Durand devait lui écrire de bonne écriture et à lignes espacées, afin d’y réserver la place d’une glose dans les marges. Chez le barbier, les mauvais enfants comme Villon allaient se faire panser après les rixes ; mais ils étaient tenus de lui déclarer leur nom. Villon eut-il alors à se plaindre de Galerne. On n’en saurait douter quand on le voit, jouant sur son nom de Galerne, qui désignait le vent froid du nord-ouest, lui léguer :

Ung gros glasson (prins ou ? en Marne)
Afin qu’a son ayse s’yverne.
De l’estomac le tiengne près ;
Se l’yver ainsi se gouverne,
Il n’aura chault l’esté d’après !

En effet le pauvre barbier qui aurait suivi ce conseil serait infailliblement mort d’une bonne fluxion de poitrine.

La Cité au temps de François Villon – Pierre Champion – Tiré à part de la Revue de Paris, 1er août 1913

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