Le Cochon fidèle – 1867

A l’ombre de la Sorbonne, rue des Cordiers, se trouve l’établissement du Cochon fidèle.

Ce nom est expliqué par une légende assez apocryphe : Un jeune cochon — d’où sortait-il ? — venait chaque jour dans la rue contempler par la vitre la demoiselle du comptoir, et, des heures entières, il restait en extase. Un garçon — bon coeur ! — avait soin de lui ménager le rideau toujours relevé.

Un beau matin la demoiselle se maria et reparut dame au comptoir.

L’animal revint prendre son poste, mais ce n’était plus avec cette allure de l’amant qui espère. Pourtant, pas un cri plaintif ! pas un grognement de reproche ! une douleur muette. L’oeil était mélancolique et s’éteignait chaque jour, car le malheureux refusait toute nourriture. — Un soir, à l’heure de la fermeture, il se glissa dans la maison, et le lendemain on le trouva mort sur la chaise du comptoir où s’asseyait son inhumaine. — Il n’avait pas eu besoin de se donner du courage, car on retrouva intacts les carafons d’eau-de-vie du comptoir.

Telle est la légende du “Cochon fidèle”. Croyez-en ce que vous voudrez.

Cette brasserie est très-fréquentée par les étudiants,qui y trouvent d’excellente bière. La salle est un vrai musée ; les murs ont été illustrés par de nombreux crayons et pinceaux fantaisistes qui ont laissé de très-remarquables souvenirs de leurs stations dans l’établissement. Ce musée vaut la visite.

Eugène Chavette — Restaurateurs et restaurés — 1867

Le cabaret du Cochon fidèle, ou bien du Cochon amoureux sur le site Autour du Père Tanguy