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Un ami de Théodore de Banville : Alexandre Privat d’Anglemont - Par le Comte Maxime de la Rochette de Rochegonde

vendredi 27 novembre 2015, par Léon la Lune

Le hasard est, dit-on, la Providence des collectionneurs et des chercheurs. Il nous favorisa tout spécialement un matin d’hiver en nous faisant découvrir dans le fatras d’un grenier picard un ensemble de manuscrits inédits et fort intéressants émanant d’un personnage singulier et pittoresque qui eut son heure de célébrité vers le milieu du XIXème siècle. Il s’agit de Privat d’Anglemont, journaliste, poète, auteur d’un Paris Inconnu et qui fut lié d’amitié avec Henri Mürger, Alfred Delvau, le bibliophile Jacob et surtout avec Théodore de Banville.

L’auteur des Odes Funambulesques, dans son livre de Souvenirs, a évoqué en ces termes la mémoire de Privat d’Anglemont : « Privat d’Anglemont, écrit-il, un des Parisiens resté légendaire a été très mal connu. Je me flatte d’être l’homme qu’il a le mieux aimé et pendant longtemps, il m’a fait le plaisir d’accepter l’hospitalité chez moi. Il était l’ami le plus vrai, le plus fidèle, le plus discret qui fut au monde. » Et c’est justement à Théodore de Banville que Privat adressa d’Alger en 1846, une longue lettre dont malheureusement nous n’avons pu retrouver et sauver qu’une partie. Toute la verve, l’humour, les outrances de Privat d’Anglemont se donnent libre cours dans cette missive où se manifeste aussi son admiration fervente exclusive pour son PARIS connu et inconnu ! Le tableau qu’il nous brosse des environs d’Alger avec pour toute végétation « des ronces, des broussailles ’et quelques maigres orangers et oliviers couverts de poussière » est loin d’être enchanteur. Ce n’est certes pas sur lui qu’il faudra compter pour devenir un colon défricheur de cette terre d’Afrique, objet aujourd’hui d’un si douloureux conflit.

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El Kantara : laveuses sur l’oued, 1890 - Photo d’Algérie en 1890-1892, par P. Vuillot (1868-1916)

Né en 1815, dans le « coin le plus poétique de la plus poétique des Antilles », d’une famille riche et considérée, Privat d’Anglemont, orphelin de bonne heure, fut envoyé en France où il fit de sérieuses études au Lycée Henri IV, ayant pour condisciples deux des fils du Roi Louis-Philippe.

Les Arts, la Littérature, la Poésie l’attirèrent davantage que la Médecine. Il s’y adonna avec ardeur et passion. « Il avait l’Esprit », dit de lui son ami Alfred Delvau, « il le dépensait sur son chemin, avec son argent, les jetant l’un et l’autre par toutes les fenêtres ». Il collabora à une foule de journaux et revues de cette époque, notamment à l’Artiste, au Corsaire, à la Gazette de Paris, au Figaro, mais Le Siècle fut le seul grand journal qui lui ouvrit régulièrement ses colonnes.

Vivant tantôt riche, tantôt pauvre, noctambule invétéré, incorrigible bohême au grand cœur, insouciant de l’avenir, Privat d’Anglemont atteint de tuberculose, la santé ruinée par d’incessants abus s’éteignit à Paris le 18 Juillet 1859. Peu de temps avant sa mort, à son frère qui l’engageait à regagner sa Guadeloupe natale, il envoyait ce billet imité d’un testament fameux : « J’ai planté ma tente sur les bords de la Seine, je veux mourir au milieu de ce peuple français que j’aime tant. » Et il mourut selon Alfred Delvau, comme il l’avait désiré en plein soleil avec des amis autour de lui. « Ses bottes étaient graissées pour le grand voyage. Il emportait pour viatique une conscience pure de lâchetés et de trahisons. »

Comte Maxime de la Rochette de Rochegonde.

Bulletin de la Société archéologique, historique & artistique le Vieux papier

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